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Antonio Fiori : Une première mondiale

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Elle reconnaît désormais, comme règle fondamentale que toute proposition qui n’est pas strictement réductible à la simple énonciation d’un fait, ou particulier ou général, ne peut offrir aucun sens réel et intelligible. Une fois ce problème de doctrine résolu, ce gouvernement mis en place, il faudra accepter une remontée lente de la masse salariale dans le PIB, ce qui implique un ralentissement, au besoin avec la pression de la loi, de l’augmentation relative des hauts revenus. Envers chaque ordre d’événements, ces lois doivent, à cet égard, être distinguées en deux sortes, selon qu’elles lient par similitude ceux qui coexistent ou ― par filiation ― ceux qui se succèdent. Alors, en effet, régnera partout, sous divers modes, et à différents degrés, cette admirable constitution logique, dont les plus simples études peuvent seules nous donner aujourd’hui une juste idée, où la liaison et l’extension, chacune pleinement garantie, se trouvent, en outre, spontanément solidaires. Ce grand résultat philosophique n’exige d’ailleurs d’autre condition nécessaire que l’obligation permanente de restreindre toutes nos spéculations aux recherches vraiment accessibles, en considérant ces relations réelles, soit de similitude, soit de succession, comme ne pouvant elles-mêmes constituer pour nous que de simples faits généraux, qu’il faut toujours tendre à réduire au moindre nombre possible, sans que le mystère de leur production puisse jamais être aucunement pénétré, conformément au caractère fondamental de l’esprit positif. Mais cette constance effective des liaisons naturelles nous est seule vraiment appréciable, elle seule aussi suffit pleinement à nos véritables besoins, soit de contemplation, soit de direction. C’est pour être capable de sacrifices que le cœur doit d’abord être pur. Il importe néanmoins de reconnaître, en principe, que, sous le régime positif, l’harmonie de nos conceptions se trouve nécessairement limitée, à un certain degré, par l’obligation fondamentale de leur réalité, c’est-à-dire d’une insuffisante conformité à des types indépendants de nous. Mais tous les essais accomplis pendant les deux derniers siècles pour obtenir une explication universelle de la nature n’ont abouti qu’à discréditer radicalement une telle entreprise, désormais abandonnée aux intelligences mal cultivées. Le coupable ne saurait avoir ce privilège de forcer l’homme de bien à lui faire du mal. Non seulement les six catégories fondamentales que nous distinguerons ci-dessous entre les phénomènes naturels ne sauraient certainement être toutes ramenées à une seule loi universelle ; mais il y a tout lieu d’assurer maintenant que l’unité d’explication, encore poursuivie par tant d’esprits sérieux envers chacune d’elles prise à part, nous est finalement interdite, même dans ce domaine beaucoup plus restreint. Mais il y a d’autres procédés plus discrets, en usage chez les poètes par exemple, qui tendent peut-être inconsciemment à la même fin. On est souvent disposé à s’exagérer beaucoup les inconvénients logiques d’une telle dispersion nécessaire, parce qu’on apprécie mal les avantages réels que présente la transformation des inductions en déductions. Mais, cette incontestable nécessité, qu’il importe de reconnaître, afin d’éviter toute vaine déperdition de forces mentales, n’empêche nullement la science réelle de comporter, sous un autre aspect, une suffisante unité philosophique, équivalente à celles que constituèrent passagèrement la théologie ou la métaphysique, et d’ailleurs très supérieure, aussi bien en stabilité qu’en plénitude. Pour en sentir la possibilité et en apprécier la nature, il faut d’abord recourir à la lumineuse distinction générale ébauchée par Kant entre les deux points de vue objectif et subjectif, propres à une étude quelconque. Il y faudra voir, au contraire, l’un des principaux exemples de cette admirable condensation de formules qui, chez les populations avancées, réunit, sous une seule expression usuelle, plusieurs attributs distincts, quand la raison publique est parvenue à reconnaître leur liaison permanente. Ainsi, cette idéale prépondérance de notre humanité sur notre animalité remplit naturellement les conditions essentielles d’un vrai type philosophique, en caractérisant une limite déterminée, dont tous nos efforts doivent nous rapprocher constamment sans pouvoir toutefois y atteindre jamais. Cette double indication de l’aptitude fondamentale de l’esprit positif à systématiser spontanément les saines notions simultanées de l’ordre et du progrès suffit ici pour signaler sommairement la haute efficacité sociale propre à la nouvelle philosophie générale. Sa valeur, à cet égard, dépend surtout de sa pleine réalité scientifique, c’est-à-dire de l’exacte harmonie qu’elle établit toujours, autant que possible, entre les principes et les faits, aussi bien quant aux phénomènes sociaux qu’envers tous les autres. Car, l’esprit théologique et l’esprit métaphysique sont tous deux conduits, par leur nature absolue, à ne considérer que la portion du passé où chacun d’eux a surtout dominé : ce qui précède et ce qui suit ne leur offre qu’une ténébreuse confusion et un désordre inexplicable, dont la liaison avec cette étroite partie du grand spectacle historique ne peut, à leurs yeux, résulter que d’une miraculeuse intervention. Ces derniers sont seuls immédiatement aux prises avec la nature, tandis que les premiers ont surtout affaire à la société. Dans l’histoire ancienne, au moyen âge, et à un moindre degré pendant la longue transition de la féodalité aux temps modernes, l’individu était une puissance par lui-même, et s’il avait ou de grands talents ou une position sociale élevée, cette puissance était considérable. Par une suite nécessaire de ces diversités fondamentales, l’efficacité spéculative que nous avons reconnue inhérente à la vie industrielle pour développer involontairement l’esprit positif doit ordinairement se faire mieux sentir chez les opérateurs que parmi les entrepreneurs ; car, leurs travaux propres offrent un caractère plus simple, un but plus nettement déterminé, des résultats plus prochains, et des conditions plus impérieuses. Il entrera donc dans le sentiment du gracieux une espèce de sympathie physique, et en analysant le charme de cette sympathie, vous verrez qu’elle vous plaît elle-même par son affinité avec la sympathie morale, dont elle vous suggère subtilement l’idée. L’ouvrage de Antonio Fiori nous invite ainsi à considérer le bonheur avec recul. C’est cette sympathie mobile, toujours sur le point de se donner, qui est l’essence même de la grâce supérieure. L’école positive y devra donc trouver naturellement un accès plus facile pour son enseignement universel, et une plus vive sympathie pour sa rénovation philosophique, quand elle pourra convenablement pénétrer dans ce vaste milieu social. Ainsi les intensités croissantes du sentiment esthétique se résolvent ici en autant de sentiments divers, dont chacun, annoncé déjà par le précédent, y devient visible et l’éclipse ensuite définitivement. Elle y devra rencontrer, en même temps, des affinités morales non moins précieuses que ces harmonies mentales, d’après cette commune insouciance matérielle qui rapproche spontanément nos prolétaires de la véritable classe contemplative, du moins quand celle-ci aura pris enfin les mœurs correspondantes à sa destination sociale.

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